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POUR LA PREMIÈRE FOIS DANS LA RÉGION DE LUGANO

Deux instruments, une écoute

Interprètes

Matteo Calosci, violon
Giulio Tampalini, guitare

Dominant les eaux du Ceresio, dans le silence recueilli de Gandria, l’église San Vigilio conserve dans ses formes la stratification d’époques différentes : traces médiévales, interventions baroques, transformations qui racontent une histoire construite lentement au fil du temps.

La dédicace au saint évêque de Trente renvoie aux liens qui, dès le Moyen Âge, unissaient ces terres aux grands parcours artistiques et culturels au-delà des Alpes. Maîtres, artisans et bâtisseurs traversaient montagnes et villes en portant avec eux techniques, images, langages et manières différentes de concevoir l’espace. Dans ce petit village suspendu au-dessus du lac demeure encore aujourd’hui le signe de cette vocation au voyage, à l’échange et à la construction partagée.

C’est précisément dans cet espace que prend forme le concert de ce soir, construit autour de la rencontre entre violon et guitare : deux instruments profondément différents par leur nature et leur projection sonore, mais capables de créer un équilibre étonnamment naturel.

Avec le Gran Duo Concertante de Mauro Giuliani, le programme s’ouvre dans une dimension lumineuse et élégante. Le dialogue entre les deux instruments apparaît immédiatement fluide et mobile : le violon chante avec élan et naturel chantant, tandis que la guitare soutient, relance et transforme continuellement la couleur de l’écriture. Rien ne paraît rigide ou hiérarchique ; tout vit dans le mouvement du phrasé et dans la qualité de l’écoute réciproque.

Avec Niccolò Paganini, le discours change de perspective. La première Sonate du Centone évolue dans un territoire plus libre et imprévisible, presque improvisé. L’introduction ouvre un espace suspendu, aussitôt traversé par l’énergie rythmique et la légèreté théâtrale, tandis que le Rondoncino final s’écoule avec une brillance naturelle, comme une pensée qui change de forme au moment même où elle naît.

Le Cantabile représente au contraire une brève suspension du temps. L’écriture se recueille, le son s’allège et tout semble se concentrer dans la pureté de la ligne mélodique. C’est une musique qui ne recherche pas le virtuosisme extérieur, mais une simplicité presque vocale, intime et désarmante.

Dans la Sonata concertata, le dialogue entre violon et guitare s’élargit encore. Le premier mouvement conserve une brillance fluide et spontanée, tandis que l’Adagio introduit une dimension plus recueillie et introspective, faite de respirations retenues et de continus clair-obscur sonores. Le finale ramène mouvement, légèreté et esprit théâtral, restituant pleinement cette vitalité naturelle qui traverse tout le programme.

Le parcours se conclut avec les célèbres Variazioni sul Carnevale di Venezia, où Paganini transforme un thème populaire très simple en un jeu continu de métamorphoses sonores. Le virtuosisme se multiplie, le son change continuellement de visage et la musique semble s’amuser à se réinventer entre élégance, ironie et brillante spectacularité.

Giulio Tampalini et Matteo Calosci
Giulio Tampalini et Matteo Calosci
Giulio Tampalini, guitare e Matteo Calosci, violon
Giulio Tampalini, guitare e Matteo Calosci, violon

À donner forme à cet itinéraire se trouvent Matteo Calosci et Giulio Tampalini, deux interprètes qui connaissent profondément ce répertoire et en partagent la respiration la plus naturelle.

Giulio Tampalini est aujourd’hui l’une des figures les plus reconnues de la guitare classique italienne. À son intense activité de concertiste international s’ajoute depuis des années un important travail de recherche et de valorisation du répertoire, restituant à la guitare une voix pleine, autonome et étonnamment vaste dans ses possibilités expressives.

Matteo Calosci, formé en Italie et perfectionné dans des contextes de haut niveau, trouve dans la musique de chambre une dimension particulièrement congeniale. Son violon unit précision, luminosité et une attention constante à la qualité du dialogue musical.

Dans leur rencontre, il n’existe aucune hiérarchie. Le violon ne s’impose pas, la guitare n’accompagne pas simplement : le son naît au contraire d’une recherche continue d’équilibre, d’espace et de liberté réciproque. Et c’est précisément dans cette naturalité, jamais ostentatoire et toujours vivante, que la musique retrouve sa dimension la plus authentique.

BIOGRAPHIES

Matteo Calosci
Violoniste, pédagogue et promoteur artistique italien, Matteo Calosci est lié à la prestigieuse école de Zakhar Bron. Il est professeur de violon au Conservatoire Rossini de Pesaro, fondateur de l’Accademia Violinistica di Padova, directeur artistique du ClassicAncona Festival et président de Young Artists Promotion. Il se produit comme soliste et chambriste en Italie et à l’étranger, en accordant une attention particulière à la formation des jeunes talents et au répertoire de chambre.

Giulio Tampalini
Considéré comme l’un des plus importants guitaristes italiens de sa génération, Giulio Tampalini a donné plus de deux mille concerts dans le monde entier et il est lauréat de nombreux concours internationaux. Professeur au Conservatoire « Gaetano Donizetti » de Bergame et à la Fondazione International Academy d’Imola, il est artiste Warner Classics et a enregistré un vaste répertoire, contribuant de manière significative à la valorisation de la guitare classique du répertoire du XIXe siècle au XXe siècle.

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