SONORITÉS DE LA SCALA
Hesse en concert
Lieder sur des textes de l’écrivain
Le Musée Hermann Hesse Montagnola sera accessible gratuitement de 17h30 à 18h45 afin de découvrir la nouvelle exposition temporaire « Isa Hesse-Rabinovitch! ».
Le concert sera enregistré par la Radiotelevisione svizzera italiana et ensuite diffusé sur Rete Due.
Hermann Hesse et Gabriele D’Annunzio n’eurent jamais de véritable relation directe, et pourtant leurs œuvres semblent représenter deux directions opposées d’une même inquiétude européenne entre le XIXe et le XXe siècle. Tous deux traversent une époque marquée par l’esthétisme, par la crise de l’homme moderne et par la recherche d’une vie capable de se transformer en expérience spirituelle et artistique. Mais ce qui, chez D’Annunzio, se manifeste comme geste public, théâtralité, sensualité et construction d’un mythe personnel, se transforme progressivement chez Hesse en introspection, silence, méditation et relation avec la nature.
Ce n’est pas un hasard si Montagnola, tournée vers les eaux du Ceresio, est devenue le lieu de la maturité artistique et humaine de Hesse. L’écrivain y trouva un espace retiré et fécond, loin du bruit du monde, où l’écriture, la peinture et la réflexion intérieure finirent par se fondre dans une même recherche. Aujourd’hui encore, ce paysage conserve quelque chose de cette présence silencieuse : le lac, les sentiers, les jardins et la lumière changeante semblent garder une mémoire discrète mais vivante. Le concert naît précisément de la rencontre idéale entre ces deux mondes. D’un côté D’Annunzio, qui transforme la vie en expérience esthétique et en recherche du plaisir ; de l’autre Hesse, qui cherche dans la nature et dans l’écoute intérieure une forme de connaissance et de réconciliation.
Ce concert naît précisément de ce contraste et de ce dialogue invisible. Les atmosphères nocturnes et sensuelles des romances de Francesco Paolo Tosti et Pier Adolfo Tirindelli évoquent un monde encore profondément lié à la parole poétique comme chant de l’émotion, du désir et de la contemplation amoureuse. La nuit dannunzienne est une nuit des sens, faite d’images précieuses, de suspensions langoureuses et d’inquiétudes raffinées.
Mais avec Hesse aussi nous nous trouvons au soir. Un autre soir. Non plus le clair-obscur séduisant de la sensibilité décadente, mais une dimension plus recueillie et intérieure, où le paysage semble lentement se vider de son poids et devenir méditation. C’est le soir du silence, de l’écoute, de la nature observée comme présence spirituelle. Un soir où le temps ralentit et où la musique semble interroger ce qui demeure invisible.
Avec Richard Strauss, le parcours change profondément de perspective. Dans les Vier letzte Lieder, le temps semble presque se dissoudre. La voix ne cherche plus le geste théâtral, mais une dimension de raréfaction progressive, où le rapport entre l’homme, la nature et le destin devient toujours plus essentiel. Les textes de Hermann Hesse deviennent ici méditation sur le passage, le crépuscule, l’abandon serein au repos. Il n’y a pas de tragédie, mais une forme lumineuse d’acceptation.
À recueillir cet héritage poétique se trouve le compositeur contemporain Lee Bradshaw, qui a voulu dédier aux interprètes de cette soirée Four German Poems by Hermann Hesse. Le cycle ne se contente pas de poursuivre idéalement le parcours straussien, mais en conserve le climat suspendu et contemplatif, transformant les vers de Hesse en une nouvelle dimension sonore, intime et recueillie.
Pour donner voix à cet itinéraire, Serena Farnocchia, l’une des sopranos italiennes les plus appréciées de sa génération.
Née à Pietrasanta et élevée en Versilia, elle grandit dans l’atmosphère du Festival Puccinien, qui nourrit très tôt sa vocation artistique et l’amène progressivement vers une carrière internationale.
En 1995, elle remporte le Luciano Pavarotti International Voice Competition, étape décisive de son parcours, puis en 1997 elle est choisie par Riccardo Muti pour faire ses débuts au Teatro alla Scala dans le Don Giovanni de Mozart, un événement qui marque le début d’une carrière de premier plan.
Artiste d’une grande sensibilité musicale et scénique, Serena Farnocchia associe une solide maîtrise technique à une rare authenticité expressive. Son chant évite tout effet superflu et recherche constamment le lien profond entre la parole, la couleur vocale et l’intention poétique.
À ses côtés, le pianiste Paolo Raffo, interprète d’une grande finesse et partenaire privilégié du répertoire vocal de chambre. Son accompagnement dépasse le simple soutien pianistique pour devenir un véritable dialogue musical, capable de respirer avec la voix et de modeler en permanence l’espace sonore.
La voix de Emanuele Santoro, acteur, narrateur, doubleur et metteur en scène parmi les personnalités les plus reconnues du théâtre tessinois, reliera les différentes étapes de ce parcours.
Ses interventions en italien guideront le public à travers les univers poétiques de D’Annunzio et de Hesse, créant un lien naturel entre la parole, la musique et le paysage intérieur.
BIOGRAPHIES
Serena Farnocchia
Serena Farnocchia compte parmi les sopranos italiennes les plus appréciées de sa génération. Au cours de sa carrière, elle s’est produite dans les principaux théâtres européens et américains, se distinguant par l’élégance de son timbre et la finesse de son interprétation.
Paolo Raffo
Pianiste, vocal coach et chef d’orchestre, Paolo Raffo a collaboré avec quelques-uns des interprètes les plus importants de la scène lyrique internationale. Pendant plus de dix ans, il a été vocal coach à l’Académie du Teatro alla Scala et enseigne actuellement la musique vocale de chambre avec piano à la Civica Scuola di Musica Claudio Abbado de Milan.
Emanuele Santoro
Acteur, metteur en scène, narrateur et voix de la RSI depuis 2003, Emanuele Santoro est l’une des personnalités les plus reconnaissables de la scène théâtrale tessinoise. À son activité scénique s’ajoute la réalisation de récitals, de lectures interprétées et de projets associant théâtre, littérature et musique.